Il y a des livres qui vous tombent des mains avant la page trente. Et il y a des gestes qu’on répète pendant des mois sans jamais se demander s’ils servent à quelque chose. Mon insomnie d’il y a trois ans m’a appris une chose que je n’ai jamais relue nulle part : s’endormir n’est pas un état, c’est une addition. Dix minutes. Dix mouvements comptés, toujours les mêmes, dans le même ordre. Si j’en saute un, je le sens.
Quand j’en parle autour de moi, on me demande souvent d’où sort cette manie. Un peu de tout, franchement, et d’un peu partout aussi : des nuits passées à errer sur des sites comme https://uspurtinu.fr/ à lire des articles généraux sur le sommeil, la respiration ou l’attention, à recouper, à jeter ce qui ne tenait pas. Ce genre de site généraliste ne vend rien. C’est justement pour ça qu’on y revient : on y trouve des sujets qui n’ont pas été écrits pour nous faire acheter un matelas.
Dix minutes, dix gestes : le protocole
Voilà ma liste. Elle m’a coûté deux ans de tâtonnements et un carnet où je notais tout.
- Vingt heures quarante-cinq : plus d’écran. Pas « moins d’écran », plus du tout. J’ai tenu un mois avant que ça devienne un réflexe.
- Je baisse la lumière de la cuisine, pas celle du salon. Détail idiot, mais mon cerveau comprend le signal.
- Trois phrases écrites sur un papier — ce qui reste en suspens, ce que je ferai demain, ce que j’oublie volontairement. Le papier reste sur la table.
- Douche tiède. Le corps se refroidit après, et c’est ce refroidissement qui installe la somnolence.
- Respirer quatre secondes, tenir six, souffler huit. Dix cycles. Je compte sur mes doigts, ce qui m’empêche de compter autre chose.
- Mâchoire relâchée. Je ne savais pas que je serrais les dents depuis l’adolescence.
- Un seul oreiller, pas deux. Mon cou me remercie depuis.
- Le réveil est retourné face contre bois. Je ne veux pas savoir combien de minutes il reste.
- Je relis la même page d’un livre que je connais par cœur. Aucun suspens, aucune envie de continuer.
- Si rien ne vient au bout de vingt minutes, je me lève, je vais lire debout dans la cuisine. Pas au lit, jamais au lit.
Dix. Pas neuf, pas onze. C’est le chiffre qui me tient.

Le matin, un seul geste
La deuxième moitié de l’histoire commence au réveil, et c’est celle que tout le monde oublie. On peut s’endormir vite et se lever de travers — c’est exactement ce qui m’arrivait. Un corps bien endormi mais mal réveillé, ça donne des matinées en apnée, des épaules remontées jusqu’aux oreilles, une espèce de brouillard qui colle jusqu’à midi.
Alors j’ai gardé une chose, une seule, chaque matin. Debout, pieds nus, j’attends trente secondes sans bouger. Je laisse le corps se remettre d’aplomb avant de le lancer dans la journée. Certains appellent ça remettre un chakra en place ; je ne sais pas si les chakras existent, et honnêtement ça ne change rien à l’affaire. Ce que je sais, c’est que trente secondes d’immobilité consciente valent mieux qu’un réveil en sursaut.
Au fil des joursDormir en voyage : le rituel des dix minutes qui change toutCette idée d’alignement m’a longtemps fait lever les yeux au ciel.
Puis j’ai remarqué autre chose : les jours où je saute ces trente secondes, je marche mal. Le bassin part en avant, une épaule monte, et vers quinze heures j’ai mal quelque part sans savoir où. Les jours où je les prends, rien. Ce n’est pas une preuve, c’est une corrélation, et elle me suffit — je ne cherche pas à publier une étude, je cherche à passer de meilleures journées.
Pourquoi ça se tient, ces deux moitiés
S’endormir et se lever ne sont pas deux problèmes séparés. Ce sont les deux bouts d’un même mouvement. Si je me couche n’importe comment, le réveil sera bancal, et un réveil bancal fabrique une soirée agitée — donc une nuit difficile. La boucle tourne dans les deux sens, et c’est précisément pour ça qu’on peut la casser dans les deux sens aussi : trois bonnes nuits d’affilée changent la qualité des matinées, et quatre matins propres changent la qualité des nuits.
Un mot sur le comptage, parce qu’on me pose souvent la question. Pourquoi dix gestes et pas un seul, bien fait ? Parce que le rituel n’a pas besoin d’être efficace pour fonctionner. Il a besoin d’être prévisible. Le corps apprend une séquence, et au bout de quelques semaines, la huitième étape déclenche à elle seule la somnolence. Cette récompense-là, aucun gadget ne la donne.
Au fil des joursLe sommeil des grands jours : ce que dix minutes le soir changent avant un mariage face à la merUne dernière chose, et je l’assume : je trouve suspectes les méthodes qui exigent du matériel. Brume, huiles rares, matelas à huit cents euros. Trois de mes dix gestes sont gratuits. Les sept autres demandent un réveil, un oreiller et une feuille de papier. Si une routine de sommeil a besoin d’un budget, c’est probablement qu’elle s’adresse à autre chose qu’au sommeil.
Le vrai test n’est pas de dormir huit heures. Il est d’arriver au soir sans avoir envie de s’effondrer, et de se lever sans avoir besoin de trois cafés pour devenir une personne. Ça se compte en minutes, en gestes, en matins. Rien de spectaculaire, et c’est très bien ainsi.



